Tofu Québec

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Récemment, le Revoir a publié une blague assez drôle, entendant que Québec Solidaire proposait la création de Tofu Québec. Le gag se rapporte au fait qu’il y a actuellement une pénurie de tofu au Québec, l’aliment végane par excellence ayant gagné en popularité de manière intense ces dernières années. Cependant, nous croyons que ce ne devrait pas être une blague seulement, mais qu’il faut réellement la création d’un Tofu Québec. Nous voulons qu’une organisation s’assure de l’approvisionnement québécois en tofu et qu’elle favorise le tofu produit selon certaines nécessités que l’état de l’environnement et du système agro-alimentaires demandent. Nous voulons qu’un tofu québécois, issu de l’agriculture paysanne si possible, mais biologique sinon, soit produit pour approvisionner les épiceries et restaurants.

Il faut que soit réellement créé Tofu Québec, à la fois une organisation visant à la création d’usines de production de tofu, mais aussi une organisation visant à faire le commerce du tofu, favorisant avant tout la vente de tofus locaux, puis, en dernier recours, de tofus étrangers. L’organisation pourrait même offrir des rabais aux coopératives ou aux commerces étudiants.

Régi par des agriculteurs-trices (et pas par l’UPA, cette vieille amie des méga-fermes), des ingénieur-e-s, des diététistes, des agronomes et autres scientifiques, par un-e représentant-e-s de l’Union Paysanne, mais surtout par les employé-e-s de Tofu Québec, l’organisation viserait à être un des nombreux outils mis en place pour accélérer la transition vers une agriculture paysanne et écologique. Tofu Québec ne serait pas un monopole, c’est n’est pas un appendice de l’État. Il ne veut pas étouffer les agriculteurs-trices qui rushent déjà assez en les forçant à changer toutes leurs habitudes de production agraire. Il faut seulement privilégier davantage celleux qui choisissent l’agriculture de l’avenir, l’agriculture écologique et paysanne. Il faut accélérer la transition écologique, mais pas au détriment des êtres humains (et des autres animaux).

Tofu Québec serait d’ailleurs un (modeste) outil de lutte contre la malnutrition dans les milieux défavorisés: l’organisation viserait à offrir du tofu à prix unique, peu importe la localisation du point de vente. Ainsi, le prix ne fluctuerait pas de manière absurde dans des régions du nord du Québec, où on retrouve certains déserts alimentaires. La distribution ne devrait pas se baser uniquement sur la rentabilité, mais viser à desservir le plus grand territoire possible. Il serait même possible de diminuer encore davantage le prix du tofu dans des régions où existent des problèmes de malnutrition, ou encore lorsqu’il est question de vendre à des cafétérias scolaires. Il est aussi évident que Tofu Québec fournirait un salaire et des conditions de vie décentes pour ses employé-e-s.

Pour maintenir ces objectifs, Tofu Québec devra reposer sur deux choses: une source de revenus constante et une absence de corruption. Ce deuxième élément est assez prévisible: si on veut vendre le moins cher possible, il ne faut pas de gaspillage en immenses salaires pour les dirigeant-e-s (qui sont d’ailleurs élu-e-s par les membres). Pour le premier, ça se complique, car il faut trouver pas mal d’argent, le plus d’argent possible même. Un peu d’argent vient des cotisations de membres, qui auraient des rabais sur le tofu, mais ça a ses limites. La deuxième source possible est l’État, qui nous semble avoir le devoir moral d’aider sa population. Nous ne pourrons cependant jamais nous fier à l’État actuel, qu’il soit québécois, ou encore moins canadien.

Il faut donc évidemment une efficacité de la production et de la vente. L’organisation devra faire appel aux meilleurs modèles en termes de respect des êtres humains et d’efficacité de production, en faisant notamment du vox pop avec les employé-e-s une méthode essentielle de la gestion de Tofu Québec. Il faut que Tofu Québec collabore avec les universités, trouve des idées novatrices en utilisant le savoir des professeurs et des étudiant-e-s. Des offres de stages bien rémunérés et de bourses d’études seraient donc possible pour l’organisation, qui profiterait en contre-partie du travail intellectuel des universitaires.

L’autre source de revenus possible est l’aide à la création de nouvelles organisations du même genre, et qui pourront constituer une source de revenus constante pour Tofu Québec. En supportant la création d’un rassemblement de restaurants végétaliens accessibles à tout le monde, par exemple, l’organisation s’aiderait ainsi elle-même sur le long terme. De l’aide gouvernementale pourrait être utilisée pour démarrer ces initiatives. Il faut, sur le long terme, créer une économie alternative, axée sur le social, qui utilise les quelques dernières innovations que le capitalisme nous a fourni avant de (enfin) s’effondrer.

– Le comité provisoire de Tofu Québec

De militant-e à révolutionnaire

Qu’est-ce que le terme « militant-e » implique[1] ? Étymologiquement, il se rattache à miles, « soldat-e » en latin. Aujourd’hui, on l’utilise davantage dans le sens que lui donne le Larousse, soit « Personne qui agit pour une cause ». Dans le monde de la gauche et de l’extrême-gauche, son usage est normatif pour désigner quelqu’un-e qui s’implique dans un « mouvement » ou une organisation. On parlera de « militant-e dans le mouvement étudiant », de « militante féministe », de « militant-e écologiste », etc. Or, force est de constater que le militantisme, bien loin de ses racines latines, n’implique pas nécessairement un dévouement intense à la cause, comme le ferait un-e soldat-e.

On peut très bien se qualifier de militant-e en étant assis confortablement dans son douillet foyer à partager des articles Facebook. On peut écrire un article sur l’anticapitalisme et participer à une manif ou deux, et être un-e « militant-e anticapitaliste ». Les militant-e-s, un peu comme les membres d’un syndicat ou d’une association étudiante, ne sont pas défini-e-s par leurs agissements davantage que par leur appartenance à une mouvance et un ensemble d’idées. Difficile de différencier un-e sympathisant-e d’un-e militant-e avec cette signification donnée au militantisme.

Il est, je crois, grand temps d’arrêter de militer. L’implication passive, la pensée selon laquelle être opposé au capitalisme est déjà un pas en avant, ne suffit pas. Être là, ce n’est pas assez. Il faut agir.

L’actuel marasme de l’extrême-gauche québécoise ne vient pas du fait que les gens sont épuisé-e-s de 2012 (propos entendus en 2015 à de nombreuses reprises). Il ne vient pas d’une conjecture des conditions objectives qui défavorise le soulèvement prolétarien ou autre analyse d’intellectuel-le-s de salon, mais vient d’une réalité subjective : ceux et celles qui se croient acteurs et actrices des mouvements sociaux, les militant-e-s, considèrent que l’action politique consiste à aller une fois de temps à des manifestations et à communiquer ses visions en jasant et en partageant des articles. Il s’est développé un fétichisme du militantisme au point où celui-ci semble être un objet mystique qui agit par lui-même, alimenté par le fait que des gens se proclament militant-e. Le militantisme, parfois, va créer des conditions objectives permettant à ceux et celles qui y participent de pouvoir s’impliquer dans une action concrète, mais souvent être militant-e en soi suffit.

Ces milites qui n’agissent pas n’abattront pas le capitalisme, ne stopperont pas les pipelines, ni n’arrêteront la brutalité policière ou ne mettront fin au patriarcat. Le militantisme nouveau genre, le militantisme qui permet à quiconque d’être « communiste » en chillant sur Facebook ou à des « militant-e-s anarchistes » de pas avoir distribué de tracts ou posé d’affiches en 4 ans, n’est qu’une manière de se valoriser en rompant dans la pensée d’avec l’idéologie dominante, de retrouver la « subjectivité vraie »[2] en étant mentalement différent de la masse non-militante. Mais la liberté de pensée n’expropriera pas les bourgeois-e-s.

Il est grand temps que les « militant-e-s » deviennent des révolutionnaires. Le terme peut paraître pompeux. Comment se dire « révolutionnaire » alors qu’on est un-e simple socialiste qui essaie de faire augmenter le salaire minimum? On est loin de Fidel Castro.

Cependant, les révolutionnaires ne sont pas nécessairement ceux et celles qui verront de leur vivant la révolution. Les révolutionnaires sont ceux et celles qui croient en la révolution! Les militant-e-s peuvent bien partager des memes prônant la révolution, mais il reste qu’ils et elles n’agissent pas en ayant en vue celle-ci. La révolution prolétarienne, elle ne vient pas quand plein de gens sont abonné-e-s au Jacobin et sont d’accord avec ses prémisses, mais vient lorsque, après un déploiement d’efforts considérables en sa direction, une organisation prolétarienne est apte à mener une révolution et la mène.

Être révolutionnaire implique qu’on est impliqué dans le processus qui va vers elle. Loin du militantisme qui voit une participation comme chose intéressante mais pas tant essentiel que ça, la posture révolutionnaire nécessite d’être acteur ou actrice, car les conditions objectives ne se modifient pas d’elles-mêmes. Ne pas avoir envie de se lever un matin pour aller distribuer de la propagande, écouter Netflix au lieu de poser des affiches ou ne pas vouloir participer à des activités politiques où il n’y a pas de bière et où il faut être sérieux, c’est exactement ce qui cause la démobilisation que connaît actuellement le « mouvement étudiant » (il y a surement d’autres causes aussi, ceci dit).

Lénine, dans Que faire ?, exprime sa volonté que le parti social-démocrate russe soit composé de « révolutionnaires professionnels », et nous devons, nous dissident-e-s de gauche, avoir la même visée. Pour l’instant, il est ardu d’abandonner ses études et son travail pour faire la révolution à temps plein, car manger est une bonne idée en général, mais il est assurément possible de prendre une couple d’heures dans sa semaine pour agir politiquement. Le Parti socialiste de lutte, en Belgique, demande à ses membres de faire une activité politique par semaine, par exemple. Ainsi, les membres se doivent d’aller faire du tractage, faire des signatures de pétition, de l’affichage, etc. sur une base régulière pour, justement, avancer vers un changement radical de société de manière sérieuse.

La gestion démocratique des moyens de production, ça ne découlera pas d’une implication qui se fait au gré des envies des militant-e-s.

[1] Dans le Québec actuel, faut-il le préciser. En Europe, étant donné l’importance des journaux et organisations trotskistes ayant eu pour nom « Militant », le terme possède une signification différente.

[2] Alain Deneault, Politiques de l’extrême-centre, p. 33

Idée dépassée, mon cul !

L’insignifiance même. À peine plus pertinente qu’un sourd qui analyse la musique de Bach, à peine moins inutile que le lobby de l’oxygène. Non, je ne parle pas de Coderre qui semble se réjouir que Couillard et sa bande soient majoritaires (il faut dire qu’il aime bien côtoyer les voleurs qui se prennent pour des politiciens, notre bon Denis). Je ne parle pas non plus de Labôme qui ne veut pas que des petits-vieux résident au Concorde. Non, le symbole de la décadence intellectuelle s’est plutôt incarné la semaine dernière en la personne de Lysianne Gagnon, cet espèce de monstre de Frankenstein qui semble errer dans l’enceinte de la Presse depuis des années, persévérant à essayer de dire plus de niaiseries qu’André Pratte.

En effet, madame Gagnon, toujours d’actualité, semble vouloir se mériter une claque derrière la tête de la part de tout être doté d’intelligence en s’en prenant à l’indépendance du Québec d’une manière aussi habile qu’un vendeur de roteux qui tente de vendre du caviar. Dans un duo d’articles nommés gracieusement « Une idée dépassée », Lysianne Gagnon, sœur spirituelle de Bob Gratton, s’en prend à cette vieille idée qu’est l’indépendance, idée qui, selon elle, ne séduit plus les québécois, considérant les résultats des dernières élections. Selon cette même intellectuelle de pacotille, l’indépendance n’a toujours été qu’une idéologie minoritaire, propagée grâce aux enseignants et communicateurs qui ont réussi à convaincre la génération « baby-boomeuse » de voter pour le Oui, mais qui néanmoins ont perdu.

Délire hallucinogène? Abus de drogues dures? Est-ce que Lysianne Gagnon serait gelée à l’héroïne lorsqu’elle vomit ses chroniques? Parce que, disons-le, 33% des votes sont allés à des partis indépendantistes. 33%, c’est un tiers, une personne sur trois. Depuis quand est-ce qu’on considère comme morte une idée quand un tiers d’une population la soutient? Et là-dedans, on ne compte pas les indépendantistes qui ont voté pour le PLQ ou la CAQ (parce que ça existe), on ne compte pas non plus ceux qui n’ont pas voté. Bien sûr, notre chroniqueuse préférée ne semble pas être assez brillante pour comprendre que le Parti Québécois n’a pas le monopole de la souveraineté, or c’est bel et bien le cas.

D’ailleurs, notre brave justicière de la connerie, si elle allait prendre une peu d’air frais au lieu de rester parmi les odeurs nauséabondes de Power Corporation, réaliserait que le monde réel n’est pas celui qu’elle s’invente : un monde où l’indépendance est l’apanage des baby-boomer nostalgiques, mais plutôt un endroit où les jeunes aussi ont la fibre séparatiste. Pas besoin d’être né en 1960 pour être souverainiste, chose.

À l’époque du philosophe présocratique Solon, seule une minorité s’opposait au régime tyrannique. Si on suit le raisonnement de notre experte en à peu près rien, la démocratie était donc une idée dépassée. Or, si je ne me trompe pas, nous ne sommes pas dans un régime tyrannique présentement. Faut-il travailler à la Presse pour comprendre les vraies affaires, ou est-ce plutôt Lysianne Gagnon qui est dans le champ?

De toute façon, elle est dépassée par quoi, cette fameuse idée d’indépendance? Par la hauteur des montagnes rocheuses? Par la grosseur du biais journalistique inhérent au chroniqueurs de Gesca? Dépassée sur l’autoroute par un gars qui roule à 140 km/h et qui finit par se tuer en pognant le clos? Dépassée par le tour de taille du docteur Barrette? Dépassée par la futilité des papiers de Lysianne Gagnon?

Non, l’indépendance n’est pas une idée dépassée, c’est plutôt une idée qui dépasse. Une idée qui dépasse le cadre d’un débat basé sur des chiures de mouches et autres détails administratifs qui accaparent toute l’attention des clowns qui nous servent d’analystes politique. La souveraineté, c’est plutôt une idée qui ne meurt jamais, qui ne séduit pas parce qu’elle n’a pas besoin de séduire. Elle est là, tout simplement.

 
« La liberté, l’indépendance, ça c’est bien plus vieux que les patriotes, ça date du début de l’histoire de l’humanité. »
Pierre Falardeau